Santé

Comment orienter les jeunes filles vers une alimentation mieux équilibrée dès l’enfance

Megan jarman

Nationality

Year of selection 2018

Institution Aston University

Country United Kingdom

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

2 years

125000 €

Date de démarrage du projet: 01/05/2019

La mauvaise hygiène alimentaire, communément appelée malbouffe, est le deuxième facteur de mort prématurée après le tabagisme. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), près de 1,7 millions (2,8%) de décès dans le monde, seraient, par exemple, dus à une faible consommation de fruits et de légumes. Les études nutritionnelles montrent que, pour com-battre le risque croissant de mauvaise alimentation et d'obésité, les interventions doivent cibler le développement d'un comportement alimentaire sain dès le plus jeune âge. « La quali-té de notre régime nous suit tout au long de notre vie », explique le Docteur Megan Jarman. « Les enfants qui ont une mauvaise alimentation, composée de trop de sucre et de peu de fruits et légumes, ont un risque plus élevé de devenir obèses ». Titulaire d'une bourse AXA à l'université d'Aston, à Birmingham (Angleterre), le Dr. Jarman mène une étude transdiscipli-naire innovante sur les différents facteurs qui influent sur la qualité du régime alimentaire des enfants à la maison. Son objectif est de créer un modèle informatique qui permettra d'identifier les principaux leviers à activer pour le développement de politiques efficaces, à travers la simulation de stratégies d’intervention.

L'étude portera une attention toute particulière aux différences de genre. En effet, comme l'explique le Dr. Jarman, « adopter tôt un régime alimentaire sain est particulièrement im-portant pour les femmes, notamment parce que la manière dont elles mangent avant et pen-dant la grossesse peut affecter la santé de leurs futurs enfants sur le long terme ». En effet, la chercheuse rapporte qu’une alimentation déséquilibrée et un excès de poids chez les femmes enceintes se retrouvent plus tard chez leurs enfants. Qui plus est, il a été observé qu’entre 6 et 12 ans, la qualité du régime alimentaire des filles décline plus rapidement que celle des garçons, et que cela contribue, à l'adolescence, à un risque plus grand de surpoids et d'obési-té. “Ces chiffres se vérifient un peu partout à travers l'Europe “, précise le Dr. Jarman.

Une approche transdisciplinaire : synergie des données génétiques, psychologiques, comportementales et nutritionnelles

« Un certain nombre de recherches ont été conduites sur la façon dont se nourrissent les jeunes, mais ces études, pour la plupart, ne s’intéressent qu’à une partie du problème. Comme chacun sait, le fait de manger relève du comportement, et présente donc une grande complexité. Il ne s'agit pas simplement de goûts, par exemple. Une myriade de facteurs entre en jeu : ce que l'on aime ou n'aime pas, bien sûr, mais également notre environnement ali-mentaire, si l'on mange à table ou devant la télévision, si les parents présentent de bons comportements alimentaires, etc. » Inédit, ce projet collaboratif sera le premier dans le monde à mettre en synergie des données génétiques, psychologiques, comportementales et nutritionnelles en vue d'évaluer les interactions entre ces facteurs et leur influence sur la qua-lité du régime des enfants.

« Une méthode de plus en plus utilisée dans le domaine de la santé publique consiste à recou-rir à des systèmes de modélisation complexes. Comme son nom l’indique, cela nous permet d'évaluer la complexité des interactions entre différents facteurs et leur impact sur un même résultat, c'est-à-dire, dans le cas présent, la manière dont se nourrissent les jeunes enfants », explique le Dr. Jarman. Précisément, le modèle informatique qui va être utilisé pour ce pro-jet est appelé "modèle multi-agents". Il sert à simuler les actions et interactions d'individus autonomes, appelés "agents", dans un environnement donné. « Les premières étapes du projet consisteront à collecter toutes les sources de données dont nous disposons, à rencontrer des experts et à réfléchir ensemble à toutes les influences auxquelles sont exposés les enfants dans leur environnement familial. Ces influences seront, par la suite, répertoriées, hiérarchisées, afin de développer le modèle, puis de le tester et de le perfectionner. »

En mettant à contribution un ensemble d’experts issus de domaines variés, l'approche globale adoptée par le projet est ambitieuse autant que novatrice. En s’intéressant aux jeunes femmes en particulier, et donc à de futures mères potentielles, il s’attaque effectivement « au cycle transgénérationnel d’augmentation du risque de mauvaise santé. » Qui plus est, sa collaboration avec les autorités publiques locales aux environs de Birmingham, ainsi que d'autres intervenants importants, offre d'excellentes perspectives d’application concrètes. « Sur le plan de la recherche, l’impact des politiques passées a été décevant sur le long terme, rappelle le Dr. Jarman. Peut-être est-ce parce que nous n’avons pas encore bien ciblé le pro-blème. C’est en cela qu’un outil de modélisation complexe va nous être utile, afin que nous puissions concevoir des politiques adaptées, et identifier ce qui est susceptible d’être effi-cace, pour qui et dans quelles circonstances ».