Santé

Effets précoces et tardifs de l’exposition périnatale au bisphénol A sur le développement de l’hippocampe

Christina chatzi

Nationality Belgian

Year of selection 2012

Institution Université de Liège

Country Belgium

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

2 years

120000 €

Les risques du bisphénol A sur le développement du cerveau

Largement présent dans les biens de consommation, le bisphénol A (BPA) a soulevé de nombreuses inquiétudes de santé, particulièrement pour ce qui concerne les fœtus et les nourrissons. Christina Chatzi utilise des indicateurs cellulaires précis pour examiner les effets du BPA sur le développement de l'hippocampe chez la souris. A travers cette approche innovante, elle ambitionne de découvrir la perturbation endocrinienne ou la neurotoxicité qui affecte l'apprentissage et la mémoire à long terme. En plus de faire avancer la compréhension des effets du BPA, cette approche pourrait s’appliquer à d'autres risques environnementaux liés au développement du cerveau.

Interview

Bonjour, je m’appelle Christina Chatzi et je travaille à l’Université de Liège, sur l’impact du Bisphenol A (BPA) sur le développement du cerveau chez le nouveau-né.
Ma recherche est soutenue par le Fonds AXA pour la Recherche depuis 2012.
La Biologie et la Chimie étaient mes sujets préférés à l’école. Mais je me souviens avoir été particulièrement impressionnée à 14 ans à la lecture d’un petit livre sur le SIDA et le cycle de reproduction des rétrovirus que j’avais trouvé sur le bureau de ma soeur, alors étudiante en médecine. L’idée d’aborder la biologie par la base et dans les moindres détails, de se demander comment les choses fonctionnent au niveau moléculaire et cellulaire…tout ceci m’a fascinée. Une fois mon mastère en sciences achevé, je me suis particulièrement intéressée à la biologie du développement et ai décidé d’étudier les indices génétiques et présents dans l’environnement comme facteurs potentiellement déterminants de la croissance, différenciation et morphogénèse cellulaires.

Qu’est-ce que le Bisphénol A et de quelle manière y sommes-nous exposés ?

Le Bisphénol A a été répertorié comme un perturbateur endocrinien chimique, potentiellement nuisible au développement neurologique. Cette substance chimique très répandue, utilisée dans la production de plastiques et résines époxy, est présente dans les bouteilles en plastique, biberons, canettes, et on retrouve sa trace dans l’urine de plus de 90% des Américains et Européens, incluant les femmes enceintes.
Etant donné que le BPA traverse le placenta, les foetus et les nouveau-nés semblent particulièrement vulnérables. De nombreuses études font état de performances cognitives altérées chez des rongeurs exposés à de faibles doses de BPA en phase périnatale, et les études sur les humains suggèrent que l’exposition au Bisphénol pourrait altérer le développement cognitif et comportemental.

Pourquoi étudiez-vous ses effets sur le nouveau-né?

Le rôle joué par les stéroïdes sexuels et les hormones thyroïdiennes dans le développement des neurones étant crucial, nous faisons l’hypothèse que les altérations de fonctions hormonales dues à une exposition, dès le plus jeune âge, aux perturbateurs endocriniens, pourraient avoir des conséquences irrémédiables sur le fonctionnement du cerveau.
Nous étudions l’effet du BPA sur le développement des synapses et circuits dans l’hippocampe de souris : une structure du cerveau cruciale pour l’apprentissage et la mémoire. La formation de nouveaux neurones dans l’hippocampe est particulièrement intense durant la première semaine de vie, mais se poursuit tout au long de celle-ci , et est influencée par l’oestradiol et les hormones thyroïdiennes. Nous faisons donc l’hypothèse que la perturbation occasionnée en phase périnatale par le BPA aux stéroïdes sexuels et hormones thyroïdiennes affecte la formation de nouveaux neurones dans l’hippocampe.
L’un de nos principaux objectifs est de déterminer si l’exposition périnatale au BPA affecte la naissance de neurones et la formation de circuits neurologiques dans l’hippocampe de bébés souris.
De plus nous cherchons à savoir si l’exposition périnatale au BPA cause des effets persistants sur les nouveaux neurones nés plus tard pendant la vie adulte.

Le Bisphénol A a déjà été banni par certains gouvernements. En quoi votre recherche contribuera-t-elle au débat public sur les risques liés au Bisphénol A?

De nombreuses agences environnementales ont souligné la nécessité de déterminer si l’exposition précoce au BPA altère le développement du cerveau. Les stéroïdes et hormones thyroïdiennes jouent un rôle majeur dans le développement du cerveau, donc l’altération de fonctions hormonales par le BPA pourrait engendrer des déficiences dans l’apprentissage et la mémoire. C’est une question majeure pour nos sociétés.
Nous étudierons les effets de l’exposition au BPA pendant la grossesse et les premières phases postnatales. De plus nous essayerons de savoir si l’exposition précoce au BPA peut conduire à des effets délétères plus tard dans la vie adulte. Nous utiliserons pour ce faire des doses de BPA réalistes. Ceci devrait fournir plus d’information sur les risques liés au BPA.Les modèles que nous allons développer pourraient aussi être appliqués à d’autres perturbateurs endocriniens pour lesquels il n’existe pas de réglementation à l’heure actuelle.

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