Socio-Economie

Chaire en sociologie économique

Olivier godechot

Nationality French

Year of selection 2012

Institution Sciences Po Paris - IEP - FNSP

Country France

Risk Socio-Economie

Chairs

undefined year

2000000 €

Plus de finance pour moins d’égalité ?

En septembre 2011, le mouvement Occupy Wall Street a fait irruption au sein de monde de la finance. Pour les manifestants, la finance est au cœur d’un système responsable d’inégalités de plus en plus violentes et du développement de l’instabilité sociale. Leurs actions ont pris de l’ampleur pour devenir un mouvement mondial, mais ce mouvement avait-il raison ? Non pas d’ « occuper », mais plutôt d’établir une telle causalité entre finance, inégalités et instabilité ? Le développement des inégalités a en effet été largement observé, de même qu’une hausse de l’activité financière. Cependant, comme l’explique le professeur Olivier Godechot, le lien potentiel entre ces deux tendances n’a pas été bien documenté ou compris. Le professeur a donc cherché à savoir si une hausse de la financiarisation menait effectivement à plus d’inégalité, quelles dimensions de la financiarisation en seraient responsables et quels mécanismes exacts seraient en jeu.

En étudiant les données de 18 pays-membres de l’OCDE pour une période allant de 1970 à 2011, l’équipe du professeur Godechot a découvert que la part du PIB des pays apportée par le secteur financier était un important moteur d’inégalités à travers le monde. En effet, entre 1980 et 2007, période qui a connu plusieurs crises financières, ce facteur était à l’origine de 20% à 40% de la hausse des inégalités. Là où cet effet est le plus visible, c’est au sommet de la distribution des revenus : les personnes qui touchent les salaires les plus élevés bénéficient de façon disproportionnée de l’activité financière. La finance comporte cependant de multiples facettes, et d’après les recherches du professeur Godechot, toutes ne creusent pas les inégalités. L’activité bancaire traditionnelle et l’endettement des ménages semblent en effet ne jouer aucun rôle. C’est en revanche le cas de « l’amplification de l’énergie sociale dédiée à l’échange d’instruments financiers sur les marchés », explique le professeur.

Les chercheurs ont en outre identifié les mécanismes à travers lesquels la financiarisation pourrait amplifier les problèmes d’inégalité sociale. Les acteurs majeurs des marchés financiers peuvent atteindre de tels revenus en faisant appel à leur capital technique et social. Cela leur permet de transférer, ou tout du moins, de menacer de transférer leurs actifs et savoir-faire d’une entreprise à l’autre, dans une stratégie souvent décrite comme du hold up. Le professeur Godechot cite l’exemple extrême de deux gestionnaires de salles de marché qui ont respectivement reçu des bonus de plusieurs millions de dollars après avoir menacé de démissionner en emportant l’intégralité de leur équipe avec eux si leur employeur n’alignait pas son offre sur celle d’une entreprise rivale dans les 48 heures. La vulnérabilité face à de telles stratégies est une spécificité du secteur financier : si dans le secteur industriel, une usine est protégée par des droits de propriété, les brevets et accords de non-concurrence constituent l’unique et insuffisante protection des actifs des entreprises.

Comprendre et atténuer de tels risques est crucial, leur impact étant non-seulement financier, mais aussi social. Les bonus monumentaux que l’on observe en finance poussent à sous-estimer les risques impliqués, ce qui ne fait qu’aggraver les risques sociaux. Olivier Godechot indique que des mesures qui limitent la taille des finances permettraient de réduire tant les problèmes de hold ups que le développement des inégalités. Ces mesures pourraient prendre la forme d’un impôt spécial sur les revenus financiers ou de lois qui imposent aux banques de détenir un capital plus important avant de se lancer sur les marchés financiers. Contrôler les risques financiers pourrait donc mener à plus d’égalité et renforcer le sentiment de cohésion sociale.

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