Socio-Economie

Finance internationale : vers une meilleure compréhension des « mégatendances » actuelles

Victor murinde

Nationality British

Year of selection 2016

Institution SOAS University of London

Country United Kingdom

Risk Socio-Economie

Chairs

undefined year

1000000 €

« Le monde en est à un stade ou le paysage financier est en perpétuelle mutation », affirme le Professeur Victor Murinde, éminent chercheur en finance du développement. « Nous devons identifier les mégatendances qui régissent actuellement la finance internationale, mesurer leur évolution et interpréter leur signification pour l’économie mondiale. » Les 20 dernières années ont vu surgir des crises financières à répétition, dont le cataclysme international de 2008. Pour atténuer les risques financiers et économiques, protéger les foyers et les entreprises des chocs, et soutenir une croissance économique durable, les travaux de recherche en finance doivent actualiser et affiner notre compréhension des « mégatendances » qui s’opèrent sur les flux financiers internationaux – en déterminant la manière dont les capitaux circulent des foyers vers les entreprises, des foyers vers les banques, des entreprises vers les banques, etc.

La Chaire AXA en finance internationale de la SOAS University of London, dirigée par le Professeur Victor Murinde, a été spécialement créée à cet effet. L’objectif du programme de recherche est d’identifier les changements structurels majeurs – ou mégatendances –, de les mesurer, de repérer des moments particuliers permettant d’en explorer les dynamiques, d’en analyser les facteurs déclencheurs, et enfin d’en comprendre les effets sur la finance internationale, sa résilience et sa croissance. L’objectif ultime est d’entraîner un changement de paradigme dans la manière dont la recherche traite des questions de finance internationale, en tenant compte des prouesses économiques de la Chine émergente, des dernières innovations financières, de la position relative de l’Union européenne et des États-Unis, et surtout de la forte expansion économique récemment observée en Afrique.

« L’identification et l’analyse de mégatendances à partir des flux financiers nécessitent la mise en place d’un programme de recherche à long terme car, de par leur nature, les mégatendances découlent de trajectoires diverses qui ont des effets durables et qui requièrent un suivi et une évaluation sur une période de 10 à 30 ans », explique le Professeur Victor Murinde. « Par exemple, les réformes économiques initiées en Chine en 1978 se ressentent toujours mondialement en raison de la récente émergence du pays comme deuxième économie au monde. L’émergence, dans certains pays africains, du bitcoin et d’autres crypto-monnaies, de nouveaux instruments financiers, et de nouveaux schémas de commerce et d’investissement associés à une croissance rapide, auront autant de répercussions durables sur le système financier international à long et moyen terme », poursuit le chercheur. Ce programme de recherche portera une attention particulière à ce qui se passe en Afrique. Avec l’apparition de grandes banques transfrontalières en Afrique du Sud, au Kenya, au Maroc et au Nigeria, le continent africain s’apprête à jouer un rôle central sur la scène financière internationale. « Nous allons porter un intérêt particulier à ce nouveau phénomène. Nous examinerons le cas de l’Afrique, mais dans un contexte plus large, nous établirons également des liens avec la Chine, l’Inde et la Russie », précise le Professeur Victor Murinde.

Faire émerger des politiques et pratiques tout à la fois innovantes et stratégiques

Suite à la crise financière mondiale de 2008, le système financier international a été mis à rude épreuve. « Nous avions, par exemple, l’habitude de penser que les obligations gouvernementales étaient parfaitement sécurisées, mais ce postulat a été anéanti par la crise financière mondiale », souligne le Professeur Murinde. Traditionnellement, les gouvernements jouent un rôle important dans la régulation du système financier, notamment dans l’uniformisation des règles du jeu et le maintien de la crédibilité des transactions. « Toutefois en 2008, à l’échec du marché a succédé l’échec de la régulation. Les rouages de la régulation se sont emballés, ce qui a entraîné un risque financier mondial. Comprendre les nouvelles règles qui régissent la finance mondiale nous aidera à adapter les régulations gouvernementales en conséquence, afin d’éviter une autre faillite financière internationale », résume-t-il. « Si nous parvenons à comprendre et à expliquer le rôle des agents économiques dans la gestion des incertitudes et des imperfections du marché, qui perturbent la stabilité des flux financiers au sein du système mondial, nous pourrons passer à l’étape suivante : déterminer ce que tout le monde – gouvernements, banques, entreprises, foyers –, doit faire pour réduire les risques et assurer une croissance qui profite à tous. »

Ce programme de recherche se basera sur le cadre régissant les flux financiers pour élaborer une base de données conséquente. En s’appuyant sur cette base de données et en y introduisant des incertitudes, la Chaire réalisera des estimations, des simulations et des prévisions dynamiques, afin d’identifier et de surveiller les mégatendances de la finance internationale. « Le cadre scientifique complet qu’offre l’étude des flux financiers nous aidera à conceptualiser la manière dont le système financier et économique mondial fonctionne », explique le Professeur Murinde. Son programme permettra donc d’intégrer de nouveaux facteurs financiers, qui façonneront l’économie mondiale sur les 30 prochaines années, autour d’une théorie financière et économique. À terme, l’objectif est d’établir les assises du développement et de la mise en œuvre de politiques et pratiques stratégiques qui permettront d’éviter la résurgence de crises financières dévastatrices, mais aussi de soutenir une croissance financière durable et profitable à tous.