Santé

Représentations sociales des pathogènes aux frontières entre les espèces

Frédéric keck

Nationality French

Year of selection 2012

Institution COLLEGE DE FRANCE

Country France

Risk Santé

AXA Projects

3 years

210000 €

La frontière incertaine entre humain et animal

Contrairement à vous, qui devez montrer votre passeport lors de voyages internationaux, les maladies infectieuses ne respectent pas les frontières. Pas même les frontières entre espèces : on répertorie en effet plus de 200 zoonoses, des maladies transmissibles entre êtres humains et animaux. À chaque nouvelle découverte d'une grippe aviaire décimant des populations d'oiseaux, la première question est toujours celle-ci : ce virus pourrait-il se transmettre aux êtres humains ?
Bien que les microbiologistes travaillent sans relâche à ce sujet, le problème est loin d'être circonscrit au micro-organisme responsable de la maladie. L'anthropologue Frédéric Keck coordonne l'équipe chargée de la première étude comparant les facteurs sociaux qui peuvent influencer la transmission entre l'être humain et l'animal dans différents cultures et contextes. Ils explorent les frontières entre espèces : plutôt qu'une barrière imperméable, il s'agit d'une zone dans laquelle les êtres humains échangent et interagissent avec les animaux.
En formant des ethnographes pour qu'ils se penchent sur les zoonoses, Frédéric Keck souhaite profiter de l'expertise de ces spécialistes dans les cultures locales afin d'enrichir la compréhension de la transmission des pathogènes. Cela comprend notamment la connaissance des pratiques quotidiennes qui amènent les êtres humains à entrer en contact proche avec les animaux, mais surtout des conceptions plus abstraites des frontières entre espèces, à travers lesquelles les pathogènes, mais aussi les esprits animaux et les morts sont censés transiter. La participation d'historiens de la science va permettre à l'équipe de comprendre comment de telles distinctions entre humain et animal ont évolué avec le temps. Des études ethnographiques menées dans trois espaces culturels (Mongolie, Asie du Sud-Est et Australie) révéleront égalent comment celles-ci varient dans l'espace.
Servant d'interprètes entre les différents groupes qui font face à ces maladies émergentes, Frédéric Keck et ses collègues analysent comment les systèmes de surveillance de la santé publique internationaux sont perçus par les populations locales dans le but d'établir un dialogue entre les deux. Des rituels religieux ou des mouvements de protection des animaux peuvent par exemple entrer en conflit avec certaines mesures de prévention des maladies qui réaffirment les divisions entre espèces. Dans ce cas, les fondements moraux de ces mesures seront également réévalués.
L'objectif est de disposer d'anthropologues travaillant dans plusieurs sites de par le monde, faisant office de « sentinelles », des agents de terrain en mesure de donner l'alerte en cas de présence de pathogènes, mais également de facilitateurs de l'équivalent d'une interaction coopérative entre animaux et humains. Ces travaux pourraient nous rapprocher d'une gestion mondiale efficace de nombreuses zoonoses largement évitables, mais souvent négligées.

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